D’où vient cette idée de passer 3 jours dans un temple à méditer ?

Premièrement, je suis en Thaïlande, pays connu pour ses temples et sa culture bouddhiste. Deuxièmement, à Koh Phangan, j’ai rencontré une personne qui était partie là bas pendant 3 jours et m’avait fortement recommandé le Doi Suthep temple à côté de Chiang Mai. Bien que très difficile m’avait-il dit, il en était reparti grandi. Troisièmement, je suis une grande fan de ces moines en robe orange et qui ont l’air si paisible… Alors pourquoi pas ?

 

1ère journée

Direction le Doi Suthep temple à une vingtaine de kilomètres de Chiang Mai.

Dans le «red car», sorte de bus/tuk tuk collectif qui monte sur les hauteurs de Chiang Mai je rencontre une Québécoise qui se rend au même endroit que moi. Elle revient d’une semaine au Japon et a décidé de tenter cette expérience pendant … 21 jours ! Ca me paraît énorme 21 jours pour une première tentative mais bon, pourquoi pas ! On arrive au temple, puis on est dirigées vers le «meditation center» un peu plus bas que le temple où pulullent tous les touristes.

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Là, on nous donne des informations sur le planning des prochains jours. Ou plus précisément le planning du 1er jour et le planning de tous les autres jours (c’est facile c’est toujours la même chose …).

5h : lever.

5h30 : dhamma talk pendant 1 heure.

7h00 : les cloches sonnent. Le petit déjeuner est servi.

7h30 – 11h : méditation.

11h : déjeuner.

11h30 – 14h : méditation.

14h-14h15 : report to teacher. Un moment individuel pour parler de ton avancée dans la méditation avec le moine teacher.

14h15 – 18h : méditation.

18h00 : chanting.

19h- 21h : méditation.

L’uniforme est de rigueur donc j’achète des vêtements blancs qui me serviront pendant 3 jours. Tout le monde porte la même chose ici, pas de place pour la coquetterie. Tant mieux, c’est pas trop mon truc…

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Je prends possession de ma chambre. Plutôt simple : un lit simple et 3 coussins de méditation. Stop. Il doit être environ 14h quand j’arrive dans les lieux. La cérémonie d’ouverture est à 16h donc j’en profite pour me balader, faire mon petit tour de reconnaissance et me reposer un peu dans ma chambre. Et là … malheur ! Je sombre complètement et ne me réveille pas à temps ! J’ouvre les yeux à 17h. Bon, bah c’est loupé. La rigueur me fait défaut ces temps-ci !

 

J’attends donc avec impatience le «chanting» à 18h. Là, je rencontre mes compagnons à qui je ne pourrais d’ailleurs que communiquer par le sourire car il est interdit de parler. Ah oui, il y a certains principes à respecter pendant ces 3 jours :

  • ne pas parler
  • ne pas lire
  • ne pas écouter de musique
  • ne pas fumer
  • ne pas manger après 12 h
  • ne pas avoir d’activité sexuelle
  • ne pas tuer (ça a l’air simple, mais les moustiques, les fourmis … )

En résumé : aucune distraction. Ca va être dur pour moi qui ne vit que de distractions depuis un an : découverte, rencontres, émerveillement … oublier tout ça pendant 4 jours ne va pas être facile.

Je reviens sur le chanting. C’est un moment où le moine «teacher» s’asseoit et chante des chansons dans une langue inconnue jusqu’ici. Ca doit être du pâli, langue ancestrale du bouddhisme. C’est plutôt sympa. Les mots sont super longs desfois c’est marrant à prononcer. Tout le monde est très sérieux, tout en blanc, assis sur ses coussins de méditation, les jambes croisées. A certains moments des chansons, il faut se prosterner devant le bouddha. Après les chants, le moine «teacher» parle pendant 10-15 minutes sur un thème de son choix.Il annonce en général le thème du lendemain matin lors du dhamma talk. Ce soir là, il parle du bonheur. Grand choix ! Ca promet pour demain.

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Ensuite, vers 19h (bon normalement c’est l’heure de l’apéro) chacun fait ce qu’il veut.  Enfin presque … certains vont méditer dans la salle de méditation, d’autres se baladent, d’autres rentrent dans leur chambre ou méditent sur le balcon. Le choix étant quand même pas mal limité !

 La première journée, c’est un peu bizarre, comme on est pas du tout guidés, on ne sait pas ce que l’on peut faire, ce que l’on doit faire, il n’y a pas de méditation guidée. Personne n’est là pour instaurer un rythme, nous aider à avancer dans la méditation, alors pas facile quand c’est une toute première fois ! Donc je regarde les autres faire, j’apprends par mimétisme, comme un enfant.

Après  une heure de méditation, je vous avouerai que je commence à trouver le temps long. Mais qu’est-ce que je vais bien pouvoir faire d’autre dans ma chambre toute seule ? Il m’est même impossible de lire. Bon, j’essaie de dormir car demain lever 5h ! Je me retourne 15 fois dans mon lit et arrive finalement à dormir. Une des pires nuits de ma vie ! Je me réveille toutes les heures. Je fais plein de cauchemards. Dont un qui m’a marqué et dont je me souviens : je rêvais que j’étais en train de dormir dans cette même chambre, dans ce même temple et que quelqu’un d’autre était dans cette pièce. Une sorte de fantôme, de présence … Quelle horreur ! Ca avait l’air tellement réel !

 

2ème journée

 Cette fois-ci je ne loupe pas le réveil, puisque de toute façon j’ai l’impression de pas avoir vraiment dormi cette nuit. A 4h30 je décide de ne plus fermer les yeux comme ça aucun risque de louper le dhamma talk à 5h30.

Aujourd’hui, on va donc parler du bonheur. Le bonheur qui doit être à l’intérieur de soi. Le bonheur ne vient pas des éléments extérieurs matériels : maison, voiture, travail … Mais ça va plus loin : il ne vient pas non plus des éléments extérieurs non matériels. Exemple : je ne me sens pas bien ici, j’aime les montagnes, je me sentirai mieux là bas, l’air y est plus pur … mais une fois que tu as les montagnes, bah tu veux autre chose : le « I want » c’est ça qu’il faut supprimer. Il faut faire venir les montagnes à l’intérieur de soi. C’est comme ça qu’on est heureux à priori. A tester … J’ai un peu de mal à le concevoir pour l’instant. Dans le fond, il a raison, cependant l’environnement est important. C’est moins facile de vivre sereinement dans une ville où il y a du bruit, de la pollution, des gens qui font la gueule …

Bref, après ce petit discours, on part tous enfin manger le petit déj. A 7h. N’imaginez pas café, croissants, tartines de confiture, oeufs brouillés et bacon … non ce sera coquillettes avec une sorte de sauce tomate. Petite ration. Je mange lentement, je savoure pour que mon estomac ne crie pas trop famine dans l’après midi. Tout ça encore dans le silence.

Ensuite, le programme : méditation. Jusqu’à 11h. Je me balade, je suis assidue, je me concentre, je suis les autres.

11h : le repas. Riz blanc, glass noodle, tofu, légumes inconnus. Oui, j’ai oublié de dire : la nourriture est bien sûr 100% végétarienne. Pour ce premier repas, je me sers allègrement, pensant à toute l’après midi et tout le soir sans rien manger. Malheureusement, ça ne ressemble pas vraiment au traditionnel pad thai. J’ai jamais mangé aussi mal en Thailande. Je me force à finir, mais j’ai carrément des nausées ! C’est peut être le cheveux noir que j’ai retrouvé dans la soupe qui m’a retourné l’estomac, je sais pas.

Après manger, je m’octroie un petit repos dans ma chambre. Une petite sieste d’une heure. Car l’après-midi va être très longue. Avant 18h (le chanting), free time ou meditation time. Je décide de marcher un peu. Je monte les marches pour aller au temple. Je me balade dans mon habit tout blanc au milieu des touristes. Je pense que ce n’est pas forcément une bonne chose à faire donc je retourne dans un endroit plus calme et marche, puis je vais méditer dans la salle, retourne dans ma chambre, vais de nouveau dans la salle de méditation, marche à nouveau. Bref, je tourne en rond !

 

18h arrive enfin ! Le chanting, ça j’aime bien. Au moins, on peut s’exprimer. On peut enfin utiliser ses cordes vocales. Et puis je commence à m’approprier quelques chansons au niveau du rythme et du son. Nouvelle soirée calme. Je retourne méditer 1 h et vais me coucher vers 20h30. En même temps après la nuit horrible de la dernière fois, je suis crevée et je dors comme un bébé.

 

3ème journée

Ca recommence. Lever 5h. Dhamma Talk 5h30. Méditation. Balade.

J’en peux plus, ça y est je craque. Je pars me cacher pour fumer. Ca c’est mon petit endroit secret 😉 Bon, je me suis fait prendre par des ouvriers qui travaillaient dans le coin. La honte. Ils étaient morts de rire !

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Je prends mon appareil photo sous le bras. Je pars au temple. Je vais m’acheter à boire. Un bon coca bien frais mmmm. Des chips. Je fais la touriste. Je prends des photos, parle avec les gens, regarde les souvenirs à acheter au temple. Ca fait un bien fou !

Je reviens heureuse, pleine d’images dans la tête … mais maintenant c’est impossible de revenir en arrière. Donc j’arrive au chanting. Malheureusement, il y a un gros orage. Donc plus d’électricité. Donc plus de lumière. On ne peut plus chanter. La chanting session est écourtée. Il est 18h15.  Je m’ennuie. Allez, une autre règle transgressée : je lis, je lis, je lis…

4ème journée

A 8h30 : la cérémonie de départ … enfin ! Je suis contente. L’idée c’est de faire quelques révérences au moine teacher. Lui donner des fleurs. Chanter. Se prosterner devant bouddha. Et recevoir ces dernières sages paroles comme un dernier cadeau.

 

Les dessous de mon séjour au temple

Le « craquage » est apparemment régulier chez les touristes. Au début, on arrive, on a l’impression que tout le monde suit toutes les règles et gère très bien toute cette privation. Ensuite, on s’aperçoit que des gens parlent ensemble. On surprend des gens en train de manger dans l’après-midi des gâteaux dans leur chambre. On voit des gens revenir le soir vers 18h avec un paquet de chips. On sait très bien que ce ne sera pas pour le petit déjeuner demain matin. On voit deux « résidents » boire un milkshake au temple au milieu des touristes dans l’après-midi. A priori à Doi Umong c’est un peu le même principe : j’ai même entendu que certains touristes partaient le soir du centre de méditation pour sortir et boire des bières ! 

Je ne sais pas si c’est ce sont ces images de transgression qui t’ouvrent une porte vers le « craquage », mais en tout cas ça te fait complètement déculpabiliser ! On fait ce qu’on peut. On ne tend pas à une vie monastique non plus. On expérimente. On s’expérimente. On apprend sur soi. 

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2 COMMENTS

  1. Bonjour,
    Merci pour le partage de ton expérience, ça donne envie.

    Combien as tu du payer pour ces trois jours ??
    Merci

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